Luxemburger Wort, 30. Januar 1992

Présence au monde

Manfred Schling expose à la galerie La Cité

Présent - pour la troisème fois aux cimaises de la galerie La Cité Manfred Schling (né en 1951) vit et travaille à Berlin. Ce qui nous avait frappé, dès 1985, chez cet artiste allemand d'une grande exigence c'est son souci de creuser sa voie en solitaire, loin des modes, et tout particulièrement loin des excès des Neuen/Wilden qui laissèrent tant de cadavres dégonflés sur leur passage. Manfred Schling a toujours su «maitriser», formellement, son processus de révolte, préférant nous faire partager ses «constats» d'une réalité interiorisée. On pourrait aller jusqu'à écrire que l’artiste berlinois parle une voix de source ... d'une invincible mélancolie.

Si cette voix nous touche à ce point, c'est précisément parce que forme et fond «collent» parfaitement à la démarche d'un artiste dont l'oeuvre est engagement corporel et spirituel dans une peinture qui dit une certaine «érosion» de l’univers. L'artiste va plus loin que ses «collègues» qui dénoncent sans cesse, avec fracas, une «réalité» souvent tragique: il la donne à voir dans ses sourds éclats, ses ravinements, ses éraflures et déchirures, plaies vives ou «cristallisées» qui allient présent et passé, passé et ... avenir.

On lira, avec émotion, ses signes et traces d'un itinéraire qui nous concerne car il «dit» en peinture une histoire, l'histoire des hommes, l'histoire de leurs joies et de leurs peines mais surtout leur désespoir devant la lente désintégration de notre planète ... terre.

Pour révéler cette sensibilité à fleur des éléments naturels, Manfred Schling «travaille» la matière pour lui faire rendre forme ou informe, stries et failles avec un art consommé: interroger les «peaux du monde» de l’artiste, c'est pénétrer les voies/voix qu'il emprunte pour exprimer cette communion aigue d'un homme, cette présence au terrestre, au terrien et au cosmique, oü recherche esthétique et éthique se rejoignent (jusqu'au 8 février à la galerie La Cité 1, rue Louvigny, Luxembourg).

Joseph Paul Schneider